Nous redécouvrons alors ces illustres cinéastes sous un éclairage inédit : Méliès, magicien saisi d'un délire maniaque en vue de réintégrer les morceaux de son être dispersé, et pris au piège de la machine cinématographique ; Griffith, allant jusqu'au sommet de sa puissance pour se sacrifier et jeter au visage de l'Amérique, l’image de sa propre sauvagerie ; Dreyer, conformant son existence à la trame d'un conte de fée, luttant contre la raideur de sa culture pour instituer un nouveau classicisme ; enfin Eisenstein, s'efforçant d'apprivoiser l'horreur dont il fut saisi à la naissance, déployant malgré la censure communiste une esthétique du montage et un totémisme fabuleux.
Ces portraits tourmentés montrent de façon magistrale comment une technique s'érige en art, comment des désastres individuels et culturels se transforment en poésie visuelle... Sur un ton poétique, facétieux et passionné, Stan Brakhage met au jour les fondements complexes et intimes de la création cinématographique.
« Je vais retracer, si vous le voulez bien, une biographie fictionnelle de Méliès — un roman historique, si je puis dire. Je vais vous mentir comme le font les camelots… Je vais vous raconter une histoire… dans le but de dévoiler la vérité. »
